CDG Express : en marche arrière ?

CDG Express : en marche arrière ?
À la suite des usagers des transports qui n'ont de cesse de dénoncer le projet du Charles-de-Gaulle Express, de nombreux élus montent au créneau. Redoutant ses incidences sur le trafic, ils exigent le gel des travaux.

La mobilisation tenace des opposants au CDG Express a-t-elle payé ? Alors que les travaux de cette liaison ferroviaire directe entre la gare de l'Est et l'aéroport de Roissy devaient démarrer en janvier, la présidente de la région et d'Île-de-France Mobilités, Valérie Pécresse, a demandé à l'État la suspension du projet.

Motif officiel : les impacts des travaux sur le réseau de transports franciliens et tout particulièrement sur la ligne B du RER, déjà fortement perturbée : « Même si les bénéfices du CDG Express pour l'attractivité de notre région sont réels, les travaux générés par ce projet dans son calendrier actuel pourraient durablement détériorer la vie quotidienne de millions de Français », indique le communiqué de la présidente qui considère que la priorité doit être donnée aux 900 000 voyageurs quotidiens du RER B.

Lui emboîtant le pas, la maire de Paris, Anne Hidalgo et le président du conseil de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, ont à leur tour exigé le gel des travaux du CDG Express, rejoints par les présidents du Val-d'Oise et de la Seine-et-Marne.

De leur côté, associations d'usagers et autres opposants historiques au CDG Express devraient se réjouir de ces nouvelles prises de position des élus. Mais après des années d'alertes et d'interpellations restées sans suites, la prudence est de mise : « C'est le conseil d'IDF Mobilités, que nous n'avons eu de cesse de rencontrer, qui a pesé lors du conseil du 12 décembre et obtenu la demande de suspension des travaux. Tout comme madame Pécresse, de plus en plus d'élus concernés semblent aujourd'hui mieux mesurer la catastrophe qui s'annonce », affirme Dominique Launay, le vice-président du collectif « Non au CDG Express ».

Autre contribution à cette prise de conscience générale, les dernières études d'impact qui montrent que, tel qu'il est conçu actuellement, le chantier du CDG Express va entraîner de sérieuses dégradations en cascade : sur le RER B en premier lieu et, par effets cumulés, sur l'ensemble du réseau, notamment les lignes D, E, K et P.

De la suspension à l'abandon

Du reste, la simple demande de suspension, même si elle était acceptée par le préfet de région, Michel Cadot, n'entraînerait au mieux qu'un report des travaux, et non la remise en cause de ce projet considéré depuis l'origine comme aberrant, inutile et discriminant.

Aberrant de par son coût, 2,5 milliards d'euros par emprunt de l'État alors que des années de sous-investissement dans l'entretien du réseau public ont contribué à la détérioration de la mobilité des Franciliens. Inutile, au vu des projections de trafic estimé à 17 000 voyageurs par jour au tarif de 25 euros, versus 900 000 actuellement sur un RER B déjà sursaturé et vétuste.

Enfin, discriminant car non accessible aux détenteurs des forfaits Navigo ou Imagin R. « Soyons clairs, le CDG Express ne va servir qu'à valoriser ADP en vue de sa privatisation et à offrir au passage un lot de consolation à Vinci qui, après la perte du chantier de Notre-Dame-des-Landes, va récupérer le chantier du terminal 4 de Roissy », analyse Didier Le Reste, président de « Non au CDG Express ».

 

Déni de démocratie

Ajoutons à cela les impacts écologiques. En Seine-et-Marne, 25 hectares de terres agricoles seront sacrifiés à la construction de 8 km de voies au service d'un seul train. Ce chantier a d'ailleurs démarré sauvagement, le 28 janvier à Mitry-Mory, alors qu'une concertation publique sur l'utilité du CDG Express, lancée par la ministre des Transports, est en cours. Découvrant des engins de chantier au travail, la maire, Charlotte Blandiot-Faride a dénoncé « une provocation de l'État » et exigé l'arrêt immédiat des travaux dans un appel au préfet d'Île-de-France.

« La colère est immense contre ce déni de démocratie et ceux qui prennent des décisions aujourd'hui mais qui ne seront plus là demain pour en assumer les conséquences », précise Didier Le Reste. Dans leur lettre commune adressée au préfet d'Île-de-France, les opposants au CDG Express (écologistes, politiques, syndicalistes, associations d'usagers) réaffirment leurs exigences : l'abandon définitif du projet et la priorité aux transports du quotidien. À l'appui du ralliement à leur cause, de nombreux élus de tous bords revendiquent la modernisation du réseau.

Ils invitent le préfet à prendre connaissance de l'avis rendu par le conseil d'IDF Mobilités le 12 décembre et de la dernière enquête publique  environnementale  de novembre 2018 qui pointe les répercussions en cascade occasionnées par les travaux du CDG Express. Prévenant : « Nous n'accepterons pas de nouvelles dégradations de nos conditions de transport au seul motif que l'on s'obstine à réaliser ce projet inutile et coûteux. »